L'interview de Tristan

(...) Oui, bon et bien accueillons maintenant… Ha, non, une seconde… On me dit en régie qu’à cause d’Hercule nous avons loupé la petite pause publicitaire. Désolé Tristan, il va te falloir patienter encore un peu. On se retrouve dans une demi-heure, après une courte page de publicité. Et nous écouterons le second candidat : Tristan Folichon.

(1/2 heure plus tard)

- Bon ben c’est pas trop tôt. Bonjour Kaikos. Bonjour à tous les gens qui nous regardent. Qui ME regardent. (sourire Ultra Brite)
Et bien je m’appelle Folichon. Tristan Folichon. J’ai 33 ans, je suis célibataire (clin d’œil entendu) et je vis dans le centre de Paris. Avant d’écrire j’étais mannequin. Pas pour la haute couture, je n’ai jamais voulu. Je trouve qu’il est important de s’engager quoi que l’on fasse dans la vie et la haute couture privilégie tout de même beaucoup les gens aisés, et elle donne une image trop élitiste du corps, parfois très décalée des préoccupations de nos contemporains. Moi j’ai souhaité que mon corps serve à ce que les gars comme Hercule par exemple puisse quand même se plaire. C’est pas gagné, je vous le concède.

(Kaikos et lui, complices, se regardent en s’esclaffant).


- Pardonne-moi Hercule. Je te taquine, mais sans méchanceté aucune.
Donc j’ai surtout travaillé avec des stylistes comme Germain Ledrulle, Yves Leglavio, Steevie Prout… Des types qui avaient la même philosophie que moi et qui vendaient leurs collections à des grandes maisons comme La Redoute, Les 3 Suisse, Camif, etc. Voilà. Sinon, que vous dire d’autre ? Mes auteurs préférés peut-être ? Et bien, ma muse c’est Marc Levy, pour sa formidable capacité à imaginer de belles histoires qui font vibrer du début à la fin. Mais j’ai aussi un gros faible pour Amélie Nothomb qui a vrai talent pour les intrigues. On ne sait jamais où elle va nous emmener et je trouve ça vraiment formidable. Voilà. J’ai quant à moi, paraît-il, un vrai talent pour l’écriture.
Mais les gens exagèrent toujours un peu.
Très peu en fait. En tout cas, c’est ce qui m’a poussé à participer à votre émission. Les gens m’ont dit, « si toi tu ne participes pas, qui le fera ? ». C’est gentil, non ? C’est surtout pas faux. Sans présumer de ce que les autres pourront produire, je pense avoir rédigé un petit bijou de littérature moderne et palpitant.

Bieeeennnnn. Super, Tristan. J’aime beaucoup ton jean. Et bien et bien, nous avons hâte d’en savoir plus. Alors, Tristan, parle-nous un peu plus de toi. Par exemple, on a écouté Hercule tout à l’heure qui nous disait qu’il doutait beaucoup ; es-tu toi aussi un douteur ?


- En fait non, pas vraiment. Bon je trouve ça très bien qu’il existe des douteurs. Je suppose que ça doit servir à quelque chose. Je sais pas bien à quoi, mais je suis pour la disparité, alors des mecs qui doutent, qui angoissent sur leur soi-disant talent d’écrivain, il en faut certainement. Me concernant, autrement dit si je devais parler de moi et me prononcer pour donner mon avis, je dirai non.


Oui Tristan. Non quoi ?


- Ben non, moi je ne doute pas tant que ça.
Évidemment quand j’essaie une chemise dans un magasin par exemple, il peut m’arriver d’hésiter entre deux modèles, mais sincèrement c’est à peu près le seul type de situation où je peux douter. Mais pour le reste, le doute, je l’évite. C’est un choix que j’ai fait quand j’étais ado. J’avais lu le bouquin d’un auteur italien – un mec avec un nom de voiture de course : Bugatti ou un truc dans le genre – Buzzati c’est ça, merci Hercule. Le bouquin s’appelait Le désert des tartares. Déjà avec un titre pareil je sais pas comment j’ai pu avoir envie de le lire. Au début j’ai cru que c’était un bouquin sur la fabrication de ce fromage à l’ail et aux fines herbes, vous voyez ? Bref. Le sujet mortel. D’ailleurs le mec, le personnage, à la fin, justement il meurt. Toute sa putain de vie de soldat, il l’a passé à attendre un soi-disant ennemi, à la frontière de je ne sais plus quel pays, proche d’un désert sans doute, et le jour où il peut avoir sa petite guéguerre, il clam’s. Vraiment con le gars. En tout cas, j’en ai conclu qu’il était parfaitement débile de rêver sa vie. Que c’était bien mieux de vivre ses rêves. Sans se poser de questions. Et moi mon rêve, c’était d’écrire. Oui, je sais c’est surprenant pour un ancien mannequin. On s’attend plutôt à ce que la plume, je me la mette dans le cul.

(Il rit de bon cœur et Kaikos, ayant compris la blague, rit avec lui)


- Mais bon c’est comme ça, j’écris.
Et quand j’écris, alors là je fonce à fond. Pas de place pour les questions métaphysico-existentielles sur mon supposé talent. Le Tristan il avance. Il trace. D’ailleurs mes copains m’appellent TT. Comme l’Audi TT. Tristan qui Trace. C’est l’une de mes principales qualités. Et c’est ce qui fait l’intérêt de ce que j’écris. J’écris d’un trait. D’un jet. D’ailleurs si le prix d’un livre était proportionnel à la vitesse à laquelle l’auteur l’a écrit, moi je serais millionnaire. Mais bon, c’est pas le sujet. D’une façon générale, je pense que pour avancer dans la vie, il ne faut pas trop se poser de questions. Surtout quand on n’a pas l’ombre d’une réponse aux questions qu’on pose. Ça, ça peut être super angoissant. Tu te demandes si t’es bon, si ce que t’écris va intéresser quelqu’un ou quelqu’une et tu sais pas. Total flippe. Ha ça non, j’aimerais pas être à la place d’Hercule. Et puis je pense qu’il est malheureux Hercule. Comment peut-il prendre du plaisir à écrire des bidules dont il pense qu’ils sont à chier ? ça doit être super dur à vivre. Pour être très franc…

(Il s’adresse à Kaikos)


- Je peux être très franc ?


Bien entendu Tristan. Soyez très franc. Nous n’attendons que cela. De la franchise. Une franchise totale et sans tabou, libérée du joug castrateur d’une politesse hypocrite et vaine qui nous éloigne du chemin lumineux de la vérité. Foncez Tristan ? Soyez fou. Soyez vous.


- Ha oui. Bon, alors pour être franc, je ne comprends pas bien pourquoi Hercule, il continue à écrire, alors qu’il trouve naze ce qu’il écrit. C’est quoi l’intérêt. Il est maso ? Il ferait mieux de laisser la place à des types qui croient en leurs chances.

On va laisser Hercule répondre. Hercule ? Pourquoi continuer à écrire si tu penses emmerder tout le monde avec tes doutes à la con qui gavent tout le monde y compris toi ?
(...)
Aucun des textes de ce blog n'est libre de droit / Dépôt Cléo-SGDL du 10/07/08

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