L'interview de Colombe

Ah oui, génial Tristan. Merci infiniment. C’était vraiment bien. Et puis là vraiment, j’ai tout compris. Je ne dis pas ça pour toi Hercule. Mais c’est vrai que cette histoire d’amour naissante sur un terrain de tennis, c’est méga original et ça donne super envie. Mais laissons nos amis décider en votant à nouveau. Et accueillons enfin, Colombe Baroud, notre dernière candidate de ce soir. Bonsoir Colombe.

- Salut Kaikos. Colombe Baroud. 29 ans. Célibataire endurcie. C’est un statut que je revendique. La lâcheté et la mauvaise foi des hommes me gonflent prodigieusement. Signe particulier : la franchise. Je dis ce que je pense, quoi que je pense. Ce qui m’attire plus souvent des ennuis, que des amis. Mais c’est un choix que j’assume également totalement. Je suis ici ce soir uniquement parce que des éditeurs bien-pensants ont décrété que mes textes n’étaient pas publiables. C’est un peu la vocation de toutes les machines Academy qui existent à la TV, non ? Quand vous n’avez pas suffisamment de talent ou que le courage pour progresser vous manque ou encore que vous n’avez pas envie de finir comme un pseudo artiste qui fait les réveillons dans une pizzéria de quartier, vous postulez à un Truc Academy et vous rentrer dans le moule de ce qu’on attend de vous. Le petit monde de l’édition aussi a découvert les vertus du marketing. Nous sommes libres de penser et d’écrire, pas nécessairement d’être lus. Nous sommes prisonniers des règles du commerce des livres. Hercule a raison quand il dit que ses doutes de psychopathe névrosé n’intéresseront les gens que s’ils émanent d’un personnage public, accessoirement d’un héros de fiction. Il en va de même pour les styles d’écriture admis. Moi je me fous de bien écrire ou d’avoir du talent selon les critères de l’Académie Française. L’écriture est un art. L’art est l’expression libre et sublimée d’une création de l’esprit. Et je suis une artiste. Que je puisse vivre du commerce de mon art, ce n’est pas le sujet. L’enjeu c’est qu’il puisse rencontrer un public. Et à moins de publier son livre à compte d’auteur, un écrivain qui s’écarte des normes, des critères choisis par ceux qui escomptent un bénéfice financier, n’a aucune chance d’être vu, lu par le public. Fait chier. Et en plus, à part certains qui ont un vrai talent, comme Philippe Claudel, Eric Reinhardt, Khaled Hosseini ou Yasmina Reza, il y a beaucoup d’écrivains Chamallow, genre Harlequin. Beaucoup de médiocres qui passent à travers les mailles du filet. Je hais moi aussi la médiocrité de l’humanité, dont je fais partie également soit dit en passant. Donc je me hais. J’exècre cette forme d’hypocrisie démagogique qui consiste à dire que chaque individu doit pouvoir vivre, voir, lire ce que son voisin peut vivre, voir et lire. J’aime la différence. Je veux de l’inégalité. Je souhaite qu’il existe des beaux et des laids, des génies et des crétins, des salauds et des saints, des trains et des avions… non, pardon, les trains et les avions je m’en tape. Cela signifie que je n’ai rien contre les écrivains ou les musiciens médiocres, mais qu’il faut aussi donner leur chance aux autres. À tous les autres. Et à fortiori à ceux qui ont besoin qu’on encourage ou qu’on accompagne leur talent. Parce qu’un pauvre peut devenir riche, parce qu’un idiot peut être un mec généreux, parce qu’un petit con prétentieux peut faire preuve d’humanité, parce que nous avons tous un petit quelque chose qui nous différencie de nos congénères, non seulement je tolère les différences, mais surtout je veux qu’elles puissent s’exprimer. Je m’oppose aux castes, aux groupes ou communautés d’intérêts, aux lobbies en tout genre. J’exècre ces émissions de télévision pendant lesquelles le public s’improvise jury populaire de moutons, censurant, sifflant la moindre remarque ou réflexion d’un invité qui n’iraient pas dans le sens de ce que pense la majorité ou de se que recommande la morale ou les convenances. Tirons la chasse sur la démocratisation de la médiocrité. Aux chiottes le clonage de la connerie humaine. Merde à l’apologie de la pensée unique, qui ne sert que ceux qui l’imposent. Pourtant, pour avoir la possibilité d’être lue, je me suis fourvoyée ; je vous ai envoyé un texte qui n’a vraiment rien à voir avec ce que j’écris d’habitude. Un texte consensuel. Assez sage. Presque conformiste. Pour avoir le droit de parler, ici et maintenant. Et vous l’avez retenu mon texte. Ce que vous ne savez pas en revanche, c’est que je vous ai aussi adressé un recueil de poèmes, sous un autre nom. Des poésies bien trash, très noires, lugubres même, comme je souhaite les écrire. Mais là, pas même une réponse. C’est pour cela que j’ai fait comme il faut faire. Que j’ai travesti ma différence pour ne pas vous laisser indifférent. Pour être entendue. Si les gens aiment le truc que je vous lirais tout à l’heure, et qu’ils votent pour moi, je pourrais enfin publier la prose que j’aime. Et bien je trouve ça triste. Être obligé de faire semblant, de tricher, pour être toléré par ceux qui diffusent, et prétendent savoir ce que les gens aiment et attendent. Et se montrer ensuite, tel que l’on est, une fois que les gens vous ont découverts et acceptés. Exploiter ce crédit d’amour acquis malhonnêtement, pour acheter le droit d’exister honnêtement comme artiste. En cela, je suis d’accord avec Hercule. Voilà. J’ai fini.

Bon. Merci Colombe. C’était un grand moment de télévision que tu nous as offert. Ta sincérité nous a tous émus, j’en suis certain. Merci à toi. Alors tu le sais, c’est la règle dans ECRIVAIN ACADEMY, avant de nous présenter ton texte, tu as été tirée au sort pour nous parler d’un sujet que le public sur le plateau a choisi juste avant le début de l’émission. Le thème retenu ce soir : télé-réalité, stop ou encore ? C’est à toi Colombe.


- Télé-réalité, stop ou encore ? Putain passionnant comme thème. Et c’est à moi que vous demandez de parler de ça ? Bon. D’accord. Vous l’aurez voulu. Mais je vous rappelle que nous sommes en direct là. Vous ne pourrez pas couper au montage.
C’est pas facile. Je n’ai jamais fait de thèse sur le sujet. Je vous livre mon sentiment un peu en vrac, d’accord ? A priori, déjà, comme ça, sans avoir beaucoup besoin d’y réfléchir, je vous dirais « STOP ». Trois fois Stop. Déjà le simple fait de parler d’un sujet pareil, pour moi, c’est s’arrêter de penser. Donc STOP me paraît la réponse assez naturellement la plus appropriée. Bon, ensuite, d’office, si vous me dites télé-réalité, c’est Loft Story qui me vient à l’esprit. Là je dois dire que ces cons-là, ils ont quand même réussi à nous fourguer le vide absolu. Le paroxysme du non sens. Ils sont parvenus à matérialiser le néant. Ça n’a pas dû être facile, hein ? Mais bon, eux ils ont réussi. Quand il y a de l’oseille en jeu, les mecs sont capables de tout. Même de nous faire prendre une poupée gonflable pour une star. Faut quand même leur reconnaître ça. Ils nous ont fourgué une grosse bouse en nous disant que c’était du caviar. Moi déjà, je n’ai jamais compris qu’une Loana puisse être érigée en célébrité, gagner des millions, être éditée, parce que restée cloîtrée quelques semaines avec d’autres abrutis dans un espace clos pour bouffer, chier, baiser, raconter des conneries et recommencer le lendemain. Remarquez, c’est un peu notre vie à tous ça. Mais justement. C’était quoi l’intérêt ? Quand c’est arrivé, je me suis posée la question : comment certains ont-ils pu suivre l’existence insipide de ces jeunes gens ? Je me suis vraiment demandée. L’explication est à mon avis aussi simple que la question : nous n’y avons pas cru. Nous avons douté. Ca va plaire à Hercule ! Nous ne pouvions pas imaginer qu’une telle aberration puisse un jour arriver sur nos petits écrans. On s’est tous dit : okay, elle est cachée ou la caméra ? C’est pour Surprise Surprise ? La vérification s’imposait. Les mires de mon enfance, ou mieux, les caméras de surveillance de parkings eurent d’avantage d’intérêt que cette affligeante cour des miracles. Le plus drôle, c’est que ce gros caca audiovisuel ait pu être décliné avec Secret Story par TF1, longtemps pourfendeur du Loft de M6. Sacrée diarrhée chez TF1. Seul avantage du Loft les rares fois où j’ai regardé ? Vous ne perdez jamais le fil de l’histoire. Il n’y a pas d’histoire. J’ai pu zapper, faire la cuisine, jouer au cartes sans avoir besoin de consulter les programmes TV, Loanna n’ayant pas bougé un doigt de pied de la piscine. (...)
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